Les bébés entre 0 et 2 ans peuvent-ils souffrir du confinement ?

Bébé au visage sérieu

Les bébés entre 0 et 2 ans peuvent-ils souffrir du confinement ?

Bébé au visage sérieu

Cette question pourrait avoir une réponse évidente, en effet, on imagine bien que le fait d’être dans sa famille non-stop puisse être, pour un bébé, bénéfique; et pourtant, je ne serais pas si péremptoire et je pense que la réponse est bien plus complexe qu’il n’y paraît.

Effets directs du confinement

Les bébés, comme nous, peuvent souffrirent directement du confinement principalement pour deux raisons :

  • La première, c’est qu’ils vivent des changements de rythme importants. Ils ne vont plus à la crèche, ils ont perdu le lien avec certains adultes référents (leur nounou, leur grands-parents…), et contrairement à nous, ils ne savent pas pourquoi et n’ont pas de représentation du temps. Le bébé s’appuie sur les rythmes et la prévisibilité pour organiser son comportement : les rythmes des tétées et des repas, le rythme des changes et du bain, le rythme d’aller à la crèche et d’en revenir, etc. Le fait de perdre tous ces rythmes d’un coup peut désorganiser un bébé même s’il passe beaucoup plus de temps avec ses parents.
  • La seconde raison, c’est qu’il peut souffrir, au moins un peu, de ne plus voir certaines des personnes avec qui il est en contact quotidien (la nounou par exemple). Son système d’attachement peut alors s’activer dans une tentative de rétablir la proximité avec ces adultes. L’enfant peut alors être grincheux, collant, avoir du mal à manger, à s’endormir. C’est qu’il vit, en quelque sorte, une perte émotionnelle, un petit deuil qui peut passer inaperçu et n’être perceptible que par des petits comportements difficiles.

Mais ce n’est pas tellement ces effets directs qui m’inquiètent car les adultes y pensent, et pour leur bébé, les parents restent le soutien émotionnel sur lequel ce dernier peut s’appuyer pour réguler ce stress-là. 

Non, ce qui m’inquiète le plus, ce sont les effets indirects du confinement.

Ces effets ne concernent pas directement le bébé et sa vie, mais plutôt celle de sa famille, de ses parents. 

Les bébés sont des éponges émotionnelles. Ils captent et réagissent à nos états mentaux, nos émotions et nos tensions musculaires bien plus qu’ils ne réagissent à nos mots. 

Vous pouvez dire des choses positives, mais si vous les dites avec une voix étranglée de larmes ou d’angoisse, le bébé retiendra la tristesse et l’angoisse. Et il s’organisera en fonction de cette émotion perçue. 

En gros, on ne peut pas mentir à un bébé. 

Du coup, je m’inquiète pour les familles avec des bébés pour qui les conditions de confinement sont un challenge inédit : les couples où les relations sont tendues, la surcharge de stress et de travail pour les parents, l’impossibilité d’utiliser correctement les stratégies qui nous font tenir habituellement (le sport, les amis, la famille, les sorties…). Tout cela génère des tensions pour nous, parents, qui peuvent nous rendre moins disponibles au bébé, et donc avoir des conséquences pour eux. 

Je m’inquiète pour les parents qui font des dépressions post-natales (père et mère, les deux peuvent être sujets à ce trouble) et qui soudainement n’ont plus accès aux services d’aide…

Je m’inquiète pour les parents de bébé sensibles ou malades, je m’inquiète pour les bébés de parents qui subissent tout un tas de situations particulièrement stressantes en plus du confinement, stress qui peut impacter leurs compétences parentales. 

Ce stress, quand il est chronique, élevé, insuffisamment régulé,et incontrôlable peut réveiller des traumatismes chez l’adulte. Ce stress  peut nous déréguler suffisamment pour que l’on ne soit plus connecté à nos bébés. C’est ainsi que nous pouvons avoir plus de mal que d’habitude à répondre aux besoins de nos tout-petits, à supporter leurs pleurs, leur agitation motrice… C’est là que l’on peut être amené à avoir des comportements qui peuvent poser des difficultés pour le bébé, être effrayants ou négligents. Il est donc possible que certains bébés, ceux dont les parents vivent le confinement de façon plus difficile,  supportent de vraies conséquences du confinement.

Le bébé va faire du mieux qu’il peut pour aider 

Le bébé humain est un être exceptionnel de résilience. Dans un premier temps, il va sûrement être plus difficile et se manifester pour attirer l’attention et les soins. Si les parents demandent de l’aide à ce moment-là, il convient à nous professionnels de santé, de l’enfance et de la santé mentale de répondre présents et de soutenir ces familles, même par des consultations par internet.

Mais parfois, le bébé ne va pas se manifester. Il va utiliser une autre stratégie qui est la stratégie du retrait relationnel. Le retrait relationnel, c’est une position économique d’attente. C’est un comportement non bruyant où le bébé, dont l’environnement dépasse les compétences d’adaptation, va se retirer en lui-même. Il va moins rechercher l’interaction, moins s’engager dans les relations. Il va moins pleurer aussi, dormir plus, moins bouger, moins sourire et regarder. C’est un bébé qui va vous laisser tranquille et qui peut nous donner l’impression qu’il s’est adapté, qu’il va bien, même très bien. Après tout, on ne l’entend plus. 

Si dans un premier temps cette stratégie est totalement salutaire, elle n’est, hélas, pas sans effets sur son développement à moyen et à long terme : retards de langage, comportements difficiles à partir de 3 ans, difficultés de socialisation, somatisations… Le comportement de retrait relationnel est un comportement adapté en termes de protection et de survie à court terme, mais coûteux pour le développement et qui ne reste pas sans conséquences. (lien vers la page regroupant les recherches )

Comment détecter ces bébés ? 

Les professionnels de santé, de santé mentale et de l’enfance doivent être vigilants et apprendre à détecter le retrait relationnel lorsqu’il est présent. Cela demande une formation qui peut se faire en ligne. Cette formation est d’ores et déjà ouverte à l’inscription .

Simultanément nous vous proposons déjà un webinaire d’utilisation de l’Échelle M-ADBB (Alarme Détresse Bébé) gratuit le mercredi 15 avril à  11h. Les inscriptions se font sur Eventbrite.

La M-ADBB, version abrégée de l’Échelle Alarme Détresse Bébé ( ADBB) conçu par le Pr. Antoine Guedeney permet déjà de détecter rapidement les bébés qui auront besoin d’attention sur le plan socio-émotionnel et qui pourraient nécessiter une évaluation approfondie avec l’ADBB mais aussi d’autres outils et une prise en charge clinique pour eux et leur famille.

Apprendre à détecter et évaluer le comportement de retrait relationnel va permettre de surveiller  l’effet actuel du confinement sur les bébés et dépister quelles sont les familles qui vont avoir besoin de soutien. Si la M-ADBB est un outil de première intention facile à utiliser et acquérir, la formation complète à l’utilisation de l’ADBB va permettre une évaluation plus approfondie des effets du confinement sur le développement des bébés et de mesurer si un soutien est nécessaire pour que la famille se remettre de cet épisode de stress sans qu’il ne génère de troubles de la relation à long terme pour l’enfant et d’effets sur le développement, éventuellement mettre en place un intervention et  suivre l’évolution du bébé sous intervention.

Contactez-nous pour en savoir plus sur la formation .



4 réponses

  1. Semet Catherine dit :

    Bonjour,
    La formation est complète.
    Est-ce que vous pensez en organiser une autre?
    Merci.

    Bien à vous

    • IngenieurPedagogique dit :

      Bonjour,
      Merci de votre intérêt. Nous avons déjà lancer un deuxième webinaire mais il est plein aussi. Je suis désolée.
      surveillez le site, nous allons en annoncer d’autre, je pense même qu’on va peut être le faire régulièrement. Et vous pouvez toujours nous suivre sur le groupe Facebook « communauteADBB ».

      Je vous souhaite une bonne journée
      Alexandra

  2. moyaerts dit :

    Bonjour Madame Deprez,

    J’imagine que vous devez recevoir ce genre de messages régulièrement mais qui ne tente rien n’a rien 😉
    Je suis Marine Moyaerts, psychologue au sein de l’ASBL Accordages dans la région de Mons.
    Notre équipe travaille en téléconsultation pour le moment avec des familles qui vont avoir et qui ont de jeunes bébés. Votre formation en ligne pouvait grandement m’aider à éclairer mon regard surtout durant cette période si compliquée pour ces familles.
    Est-ce possible d’avoir encore accès à votre formation pour le mercredi 15/04 ou allez-vous refaire une session plus tard?
    Merci d’avance pour votre réponse.

    Marine Moyaerts
    mmoyaerts.accordages@gmail.com

    • IngenieurPedagogique dit :

      Bonjour,
      Merci de votre intérêt. Nous avons déjà lancer un deuxième webinaire mais il est plein aussi. Je suis désolée.
      surveillez le site, nous allons en annoncer d’autre, je pense même qu’on va peut être le faire régulièrement. Et vous pouvez toujours nous suivre sur le groupe Facebook « communauteADBB ».

      Je vous souhaite une bonne journée
      Alexandra

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